L’action d’acheter, pour un agent économique, consiste à échanger une somme d’argent en sa possession contre un bien matériel ou un service. Acheter se trouve donc au centre de l’activité économique et est le déclencheur du mécanisme de l’offre et de la demande conduisant à l’établissement du prix. Le possesseur d’un bien espère en retirer un certain prix en le mettant sur le marché, l’acquéreur potentiel estimera ou non s’il convient de l’acheter ou proposera un prix inférieur. De leur accord résultera l’acte d’acheter. Ce jeu simplifié d’un échange immédiat était la règle pendant des siècles, jusqu’à ce que des techniques économiques nouvelles l’enrichissent à travers des systèmes de crédit, de billets à ordre, plus tard de location-vente et autres. Si le processus consistant à acheter s’en trouve modifié, le système reste fondamentalement le même.
Historiquement, en l’absence de monnaie, acheter revenait à un échange de biens : le troc. C’est le mode de fonctionnement économique de la vie tribale dans lequel les tâches dévolues aux membres étaient séparées – et le sont encore dans certaines contrées de régime coutumier – et celui qui pêchait le poisson ou élevait le bétail le proposait contre l’acquisition de céréales cultivées par un autre membre, en une transaction directe. L’avantage du système de troc est sa visibilité – les biens à acheter, donc à troquer, sont clairement identifiés –, ses inconvénients la lourdeur du double déplacement matériel et la nécessaire existence simultanée des deux produits, objets du transfert de propriété. Il est à remarquer que la dot de mariage correspond à cette pratique et acheter une épouse coûtera plus ou moins de têtes de bétail selon ses attraits (notamment en termes d’héritage éventuel). Mais, avant même l’Antiquité, sans que l’on puisse dater l’événement avec précision, les hommes ont commencé à acheter les biens nécessaires à leur survie à partir d’un étalon, reconnu par tous. Ces unités de référence pouvaient être des coquillages (pratique des « kauris » en Asie), des minéraux plus ou moins précieux, du sel (les légionnaires romains étaient ainsi payés, d’où l’origine du mot « salaire »), voire des fèves de cacao chez lez Aztèques. L’étape suivante fut la monnaie métallique frappée à une effigie reconnaissable.
Cette invention, remontant au VIéme siécle avant J.C. en Lydie – province grecque où coule le fleuve Pactole, pourvoyeur de pépites (l’expression toucher le pactole y trouve son origine) –, permit un essor de l’économie sans précédent dans la mesure où la contrepartie de l’achat avait valeur communément admise et gagée par le pouvoir à la différence des objets naturels précédemment utilisés.
Charlemagne imposa qu’une livre d’argent soit divisée en en 20 sous chacun d’eux divisible 240 deniers, ces derniers pouvant être subdivisés en 2 oboles, système encore en vigueur en Grande Bretagne jusqu’en 1971 (pounds, shillings et pence), Florence invente le florin d’or, Venise le ducat, Saint Louis l’écu. Acheter grâce à des pièces d’or ou d’argent garantissait cette valeur. Ainsi, dans l’Europe marchande florissante du XVIéme siècle, différentes monnaies que les utilisateurs pouvaient comparer cohabitaient-elles. Selon les stocks d’or et d’argent extraits et détenus, les monnaies s’échangeaient à des taux de change variables.
De même aujourd’hui, les acteurs économiques à l’international visent à acheter les produits indispensables à leur production et revendre celle-ci en tenant compte des taux du dollar, de l’euro et des monnaies de référence et misent sur leurs fluctuations. Ensuite, vint le billet de banque, plus maniable que les pièces métalliques, certifiant que l’émetteur possédait le stock de métal précieux correspondant. Mais bientôt les instituts d’émission jouèrent sur le fait que, les créanciers ne se présentant pas tous simultanément pour réclamer leur dû métallique, il était possible d’émettre plus de billets que le stock réellement détenu.
La monnaie disponible pour acheter les produits était supérieure aux stocks de métaux précieux effectivement possédés. Cette technique augmenta d’autant le volume des transactions commerciales et favorisa le commerce… et l’inflation en fonction de la rigueur ou du laxisme des États émetteurs. De ce pluralisme de monnaies concurrentes est née la « loi de Gresham ». Thomas Gresham (1519-1579) était un financier né à Londres, ayant étudié à Cambridge, et devenu conseiller du roi d’Angleterre Edouard VI. Démontant les mécanismes qui président à la concurrence de plusieurs monnaies en une même place financière pour acheter les denrées sur le marché, il formula sa loi : « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Autrement dit, la tendance est d’acheter les produits avec la monnaie dépréciée et de thésauriser la meilleure. Grâce aux conseils avisés de son conseiller Gresham, la couronne d’Angleterre vit ses finances publiques apurées. Lorsque le roi entreprit de le rémunérer, le financier demanda à ce que cela soit sous forme de « terres » et non de monnaie, parachevant ainsi sa démonstration.
Dans cet esprit, et toujours avec comme objectif de fluidifier l’économie, John Law, financier protestant né à Édimbourg en 1671, envisagea la possibilité que la valeur de la monnaie destinée à acheter les biens repose sur le foncier au lieu de la convertibilité métallique. Ce banquier avait étudié le fonctionnement des places de Stockholm, Venise, Genève et Nüremberg. Il proposa au roi de France Louis XV d’émettre des assignats basés sur ce principe. Il introduisit par son système la notion de confiance puisque les moyens d’acheter n’étaient plus gagés par un stock d’or ou d’argent mais garantis par l’autorité du roi. Le « système de Law » fonctionna de 1715 à 1720, jusqu’à ce que ses adversaires organisent la panique, suivie d’une déroute, quand les possesseurs se précipitèrent pour retirer leurs avoirs craignant de ne plus pouvoir acheter les produits grâce à leurs assignats.
Mais acheter supposant des supports fiables et pratiques, l’expansion économique amena au développement de la monnaie fiduciaire convertible. Toutes les monnaies furent plus ou moins directement gagées sur l’or (l’étalon or). Ainsi, le dollar américain fut-il fixé à un vingtième d’once. Au fil des années, le dollar devint la référence des échanges mondiaux, la livre sterling étant définie par rapport à lui, les monnaies européennes par rapport à la livre. Ce n’est qu’en 1971, sous le président Nixon, que les États-Unis renoncèrent à la convertibilité théorique du dollar. C’est également vers cette période que de nouveaux moyens destinés à acheter les marchandises matérielles et les services envahirent le marché. Désormais, aux traditionnels chèques bancaires, systèmes de crédit (traite, billet à ordre) s’ajoutèrent la carte bancaire, monéo et les porte-monnaie électroniques – dématérialisation de la monnaie –, tandis que de nouvelles techniques telles le crédit-bail émergèrent.
Dans la chaîne économique faisant passer d’un produit brut à sa mise sur le marché sous une forme transformée, les filières sont plus ou moins longues. Dans tous les cas interviennent des intermédiaires apportant une plus-value et devant compter sur le crédit, soit de leurs banques, soit de leurs fournisseurs, afin de financer leur intervention. Dans une activité industrielle donnée, plus la chaîne sera courte, plus le prix sera bas. Le client final – le consommateur – pourra alors acheter, selon le budget qu’il souhaite y consacrer, des produits hautement manufacturés ou, à l’inverse, des produits basiques. Si dans le schéma classique, acheter au comptant lors du dernier stade est la règle la plus fréquente en ce qui concerne les consommables, il en va différemment à mesure que l’on remonte la chaîne. Le vendeur en bout de processus bénéficie d’un délai de paiement de la part de son grossiste qui lui-même paie à terme le fabricant et ainsi de suite jusqu’à l’étape initiale du fournisseur de matière première. À titre d’illustration, dans l’alimentaire, le consommateur va acheter en grande surface un produit conditionné (en boîte, en pot, sous vide) et le payer à la caisse en espèces, quand l’enseigne bénéficiera d’un crédit de 3 mois auprès de la marque qui règlera à son tour la coopérative (ou le collecteur) à terme, celle-ci rémunérant les producteurs de la denrée selon leurs conventions propres.
Dans l’économie contemporaine, on assiste à une remise en cause et à un bouleversement de ce canevas, autant sur le plan des conditions consenties au consommateur final, qu’au long de la chaîne de production. La VPC (vente par correspondance), la vente par Internet, le crédit à la consommation – dont le crédit revolving est une forme –, la vente promotionnelle, les soldes saisonniers, sont autant de méthodes modifiant le traditionnel marché de la vente au comptant.
Pour ce qui est des méthodes de vente, deux types principaux coexistent : l’approche produit et l’approche client. L’approche produit nécessite un vendeur connaissant parfaitement son article, susceptible de répondre à toutes les questions de l’acheteur potentiel, visant à démontrer son indispensabilité, « forçant » la vente en quelque sorte. Cette approche correspond très exactement à celle du représentant à domicile ou de l’itinérant parcourant les marchés, vantant un improbable gadget dont il saura faire la démonstration du fonctionnement et qui s’avérera inutile ou inutilisable à terme. Le but recherché est de vendre à de nombreux exemplaires à une clientèle qui ne sera pas fidélisée. Acheter dans ces conditions n’assure pas de suivi après vente. La loi protège à présent des excès – notamment dans les biens d’équipement – de ce mode d’approche en permettant à l’acquéreur de se rétracter dans un délai préfixé. L’approche client se situe à l’opposé de l’éventail des méthodes de vente. Le client pourra acheter le bien dont il estime avoir besoin après avoir été informé par le vendeur qui aura été à l’écoute de sa demande et aura proposé les différentes possibilités répondant à celle-ci. Le client pourra ainsi acheter le produit et bénéficier de la fonction de conseil. Cette situation est typiquement celle du commerçant de proximité qui ne cherche pas à vendre à outrance mais à fidéliser sa clientèle. Entre ces deux approches, la gamme est largement ouverte de situations intermédiaires où acheter tient de l’une et de l’autre.
Bien acheter est un acte qui dépend de plusieurs facteurs comme les finances du client ou l’état de son information. Les nouveaux instruments que sont Internet, les moyens de crédit et la dématérialisation de la monnaie, permettent d’acheter dans des conditions inconnues jusqu’à une date récente.
Acheter par carte bancaire est le moyen utilisé dans 41% des cas. Il garantit le vendeur que son compte sera crédité et le client pourra fréquemment profiter d’un débit sur relevé (souvent mensuel).
Acheter en réglant par chèque, est le 2ème moyen en volume le plus fréquent. Ce système permet à l’acheteur de s’affranchir des contraintes de la carte bancaire (acheter pour un montant plafonné hebdomadaire par exemple) mais le vendeur court le risque que le chèque ne soit pas provisionné et, surtout, le taux d’escroqueries a explosé ces dernières années au point que le chèque est de plus en plus refusé par les établissements ou soumis à la présentation de garanties comme la carte d’identité ou une pièce justificative, voire les deux.
Le système qui consiste à acheter par prélèvement s’est développé. À intervalles réguliers, le fournisseur, qui en a reçu l’autorisation préalable, prélève sur le compte bancaire du client le montant de l’achat. Cette méthode, utilisée pour les fournisseurs institutionnels (EDF, GDF, assurances) présente l’avantage d’éviter l’oubli d’une échéance et la contrainte de procéder à l’envoi d’un mode de paiement sur support papier.
Acheter par virement bancaire s’apparente à cette méthode sauf que, dans ce cas, le transfert se fait directement de compte à compte, ceux-ci étant identifiés par leur RIB et matérialisés par le TIP (titre interbancaire de paiement) qu’il suffit de dater et signer.
Expérimenté à Tours en 1999, puis étendu par la suite à l’ensemble du territoire, le porte-monnaie électronique Moneo est le seul existant en France. Ce système de carte liée à un compte bancaire permet d’acheter pour un faible montant (parcmètres, journaux, cafés et distributeurs) chez ses affiliés. À vrai dire, Moneo est un relatif échec, car les commissions prélevées sur les commerçants sont trop importantes pour que ceux-ci s’équipent de manière rentable d’où le refus de la grande majorité d’entre eux. Le meilleur moyen d’acheter – lorsqu’il s’agit de faibles sommes – reste le numéraire.
Pour qui est réfractaire aux nouveaux modes de paiement ou désire transférer du liquide, acheter par le moyen d’un mandat reste possible. Le client dépose le liquide au comptoir (de la poste) qui sera remis au destinataire.
Concernant le crédit à la consommation, il s’est développé de façon à conduire le consommateur à acheter sans disposer immédiatement des montants nécessaires à l’investissement de l’équipement convoité. Le crédit à la consommation est généralement payant (sous forme d’intérêts ou de frais de dossiers) de façon à ce que l’acheteur au comptant y trouve financièrement avantage et soit ainsi incité car il améliore la trésorerie immédiate du fournisseur, mais il peut être également gratuit. Permettant d’acheter en étalant dans le temps le coût de l’acquisition, ce système peut se révéler dangereux dans l’hypothèse où le client ne peut faire face à ses obligations engendrant un contentieux. Le crédit, s’il allège les sorties de trésorerie du client, suppose une gestion parfois lourde des échéances, notamment lorsqu’un revirement de situation conduit le débiteur à une impossibilité de faire face à ses dettes. On parle alors de surendettement.
Une « commission de surendettement » a été mise en place, en France, qui peut être saisie par un particulier, sous des conditions très strictes. La commission cherchera en premier lieu un accord amiable avec les fournisseurs (plan conventionnel de redressement), sinon proposera un étalement de la créance, une réduction des dettes, une suspension provisoire des paiements, ou, en dernier ressort, constatera l’impossibilité d’une solution et introduira une demande d’ouverture de rétablissement personnel.
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